Communication politique
Intro
Les explications sur la communication politique que je fournis plus bas s'appliquent en général à la communication de toutes les personnalités publiques : chanteurs, youtubeurs, streameurs, acteurs, humoristes, écrivains, vulgarisateurs scientifique, etc...
Explications
Considérons l'expérience de pensée suivante : Alice veut dire à Bob qu'elle l'aime, mais ils sont dans une cour de récréation. Oscar lui écoute tout car il aime bien propager des ragots. Donc Alice doit le faire avec subtilité. Alice ne pourra pas dire à Bob qu'elle l'aime directement, par contre, elle pourra faire semblant d'aimer ce que Bob aime. Lui demander de l'aider à faire ses devoirs, etc... La communication doit-être discrète mais le message doit être perçu. Ainsi, Oscar sera incapable de propager un ragot car il n'aura pas d'extrait de conversation qui dit explicitement qu'elle l'aime. En politique, c'est pareil. La subtilité permet de dire à des groupes de personnes ce qu'ils veulent entendre, mais sans être dans l'illégalité, voir même sans choquer les opposants. Pour arriver à ça on a deux méthodes : le sifflet (les humains l'ignorent, les chiens comprennent) qui est un procédé qui consiste à être borderline sans qu'on puisse être accusé. Parfois on devra étouffer un contre feu et dire qu'Oscar fait des procès d'intention. Le second c'est l'effet Barnum : on communique d'une façon floue, sans rien proposer de précis pour ne vexer personne, comme ça tous sont contents, y compris les gens avec qui on n'aurait pas forcément été d'accord.
Parfois, Alice veut parler à Bob, sans qu'Oscar comprenne, mais si Eve comprend elle s'en moque car Eve n'est de toute façon pas son amie.
On trouve cet effet barnum dans beaucoup de partis, souvent lorsqu'ils proposent de faire un référendum. Et parfois une combinaison du sifflet et du barnum : proposer dans son programme, explicitement, un référendum sur l'immigration, c'est un sifflet car le raciste va immédiatement comprendre le message : "ce politicien veut stopper l'immigration", et un barnum : quelqu'un amoureux de la démocratie pourra y voir une volonté d'affirmer par les urnes que la France n'est pas raciste (après tout, si on en croit les résultats aux présidentielles, ce référendum serait perdu par les racistes).
Quand un politicien s'exprime, il fait en sorte de vexer le moins de monde possible car il a besoin des voies. Je trouve ce procédé dégueulasse mais c'est ainsi. Par conséquent quand je vois un discours ou un programme ou autre communication politique (oui, un programme n'est qu'une communication politique) je me demande à qui ce message s'adresse : qui n'ont-ils pas voulu vexer ? Qui ont-ils voulu draguer ? Si je devais m'engager et coller des affiches, quelle sera la mentalité du militant dans ma voiture, qui m'aidera dans cette tâche ? Sera-t-il complotiste ? Climatosceptique ? Pour ou contre le nucléaire ? Sera-t'il anti vax ? raciste ? homophobe ? transphobe ? contre l'avortement ? Est-il séduit par une promesse de baisse d'impots pour lui sans tenir compte des baisses de prestations sociales ou de services sociaux pour les autres ? Est-il pour agrandir les prisons ? C'est ainsi qu'on doit lire une communication politique : à qui ça s'adresse (qui cherchent-ils à convaincre, même de façon subtile), qui refusent-ils de vexer et qui accèptent-ils de vexer.
En France, le droit de vote n'est pas réservé à une élite qui aurait suivi des cours d'éducation civique et passé un examun en ce sens. Ainsi, on se retrouve avec des complotistes qui votent, des antivax, des racistes, etc... Nos politiciens le savent et ils ont besoin de leurs voies. Regardons comment ils font pour aller les chercher :
Antivax
Les antivax adorent qu'on leur parle de Big Pharma, qu'on demande si il est bien nécessaire de faire vacciner les enfants avec les 11 vaxins. On a deux représentants de ce truc : Philippot bien entendu, mais aussi François Ruffin du temps ou il était à LFI. Asselineau a aussi fait ces allusions dès 2017.
Anti nucléaire
EELV et LFI ont souvent parlé de "tous les morts" de Fukushima, sans jamais préciser le chiffre, et pour une bonne raison, le nucléaire n'a pas fait un seul mort à Fukushima. C'est un discours préparé pour draguer les complotistes anti nucléaire. Idem lorsqu'ils parlent de déchets qu'on ne saurait pas gérer. On a des solutions pour ces déchets, complexes certes mais les quantités sont vraiment très faibles comparé aux déchets plastiques ou aux particules fines par exemple.
Racisme
On a plein de mots clés que les racistes aiment entendre : français de souche, français de papier, immigration, OQTF, sans papier, etc... Parfois mélangé avec des mots sur l'insécurité. Tous ces mots permettent de donner un coup de sifflet sans se retrouver pénalement responsable. C'est pratique, ça permet de récupérer le vote des racistes, sans être soi même accusé de racisme. On va passer sur le bruit et l'odeur de notre cher ami Chirac, LR utilise de temps en temps le mot français de papier (lors de la commission d'enquête sur les émeutes de l'affaire Nahel), ces mots-clés sont aussi utilisés bien sûr au RN, chez Reconquête, chez les patriotes, etc... à l'UPR comme ils n'aiment pas être classés à l'extrême droite, ils préfèrent souvent parler de référendum sur l'immigration, touchant à la fois l'effet barnum et le sifflet.
Cathos identitaires
Pour ne pas avoir à vexer les laïcards, mais pouvoir draguer les cathos (des cathos par tradition familiale aux cathos traditionalistes anti IVG), une communication facile c'est de dire que la France a des racines chrétiennes. Parfois d'invoquer l'histoire de France avec des figures comme Jeanne. C'est un procédé très utilisé par toute l'extrême droite, allant parfois jusqu'à proposer d'inscrire ça dans leur programme, mais aussi la droite.
Les royalistes ou les nazis
Pour draguer les royalistes ou les nazis, ça aurait été très compliqué il y a quelques années mais maintenant c'est possible : il suffit de faire un coup de sifflet et de parler de Pétain comme d'un grand homme qui a sauvé des gens. Les gens normaux vont se dire que c'est une exagèration ou une erreur mais pas du nazisme. Les historiens et amateurs d'histoire vont être très vexés mais ce n'est pas grave car ces partis n'ont pas beaucoup d'électeurs chez les universitaires. Procédé très utilisé à l'extrême droite, Zemmour par exemple, Macron a aussi fauté sur ça.
Antisémitisme
On trouve de nombreux discours qui peuvent faire plaisir aux antisémites tout en étant sous le radar de la justice. On peut par exemple critiquer une politique israélienne et généraliser ça à LA politique israélienne. Parler de sionnisme. Refuser de condamner des actes terroristes antisémites comme il se doit (refuser de parler de terrorisme). invoquer Dieudonné ou Faurisson pour la liberté d'expression comme l'ont fait les partis d'extrême droite. Faire des carricatures qui ont valu à Gérard Filloche de se faire exclure du PS.
Transphobie ou homophobie
Un discours transphobe ou homophobe va aborder quelques points : la théorie du genre, l'idéologie du genre, le lobby de la transidentité, le lobby LGBT, l'éducation sexuelle aux enfants. Ces choses là sont des fantasmes d'extrême droite, pas des réalités. Pourtant, à Reconquête, on trouve ces mots clés jusque dans le programme aux européennes.
Mais comment aborder ces sujets ?
Si votre projet politique doit obligatoirement aborder ces sujets, mais que vous avez peur que je vous fasse un procès d'intention, alors soyez clairs. Ne cherchez pas à vous faire des amis, cherchez à défendre un projet politique. Si les racistes ne votent pas pour vous, c'est tout à votre honneur.
Quel parti est clean ?
Malheureusement, aucun n'est clean de ce coté là. Tous ont flirté avec le diable sur divers sujets, soit par électoralisme, soit pour des alliances de circonstance. Certains puent moins que d'autres, et comme disent les complotistes : faites vos propres recherches. Et aussi, si un jour, vous trouvez une communication politique convaincante, notez bien que ce n'est qu'une communication politique. Que même si c'est un programme, ça n'engage à rien. Cherchez aussi à savoir comment le texte peut-être compris par les autres.
