La métaphysique
Depuis quelques temps, on entend des gens dire que la métaphysique c'est l'étude des choses qui n'existent pas, ou que c'est inventer des entités imaginaires pour faire croire que des choses existent. Mais ce n'est pas ça la métaphysique. On va citer une page wikipédia :
La métaphysique est la branche de la philosophie qui étudie la nature fondamentale de la réalité. wikipédia (Métaphysique)
Et je trouve que mentir sur ce qu'est une discipline pour ne pas avoir à l'étudier est un procédé malhonête. Que la métaphysique se soit égaré par le passé à étudier des choses qui n'existent pas, comme dieu, l'âme, les essences, etc... j'en conviens. Mais si on se contente de citer Aristote pour dire que c'est un domaine stupide, alors il faudrait en faire de même pour les autres domaines dans lesquels Aristote s'est trompé : la physique, l'astronomie et la biologie par exemple. Il ne viendrait à l'idée de personne de dire que comme Aristote pensait que les objets lourds tombaient plus vite que les objets légers, alors la physique ne sait pas produire de résultats fiables. Il serait tout aussi stupide de regarder le modèle cosmologique d'Aristote et de conclure que l'astronomie n'a aucune utilité puisqu'elle postule des entités qui n'existent pas. L'astronomie nous montre au contraire que postuler des entités physiques à partir de modèles théoriques validés par l'observation peut porter des résultats intéressants (Neptune, les trous noirs), mais qu'on doit toujours conserver une prudence (vulkain, ou plus largement l'éther qu'on postulait pour l'électromagnétisme). Aujourd'hui, la physique aussi postule parfois des entités (matière ou énergie noire) à l'heure actuelle non confirmées, et c'est bien l'étude qui nous permettra de trancher sur l'existence de ces entités, ou sur un besoin législatif de réformer une loi de la physique.
Quelques pages wikipédia
On va donner tout de suite quelques pages wikipédia sur des approches modernes de la métaphysique.
Les thèmes sont variés :- Questions ouvertes sur l'ontologie : savoir ce qui existe, les relations entre les existants.
- la science compte, elle décrit la réalité (avec des subtilités)
- On a de la logique modale pour parler de mondes possibles.
- Ces mondes possibles peuvent étudier le futur, le passé, la morale.
- On a une question ouverte sur les essence.
- Certains considèrent ces mondes possibles comme réels.
- Beaucoup de modèles permettent de parler d'états de (description de) la réalité (selon comment on zoom, selon quelle théorie.), de classification d'objets ou de concepts (universaux, individus)
- Débats autour des essences
- L'étude des phénomènes
- Les quals et la conscience
- Le libre arbitre
- Le temps et l'espace
Il y a plusieurs branches, plusieurs théories, plus ou moins perchées, l'idéalisme (le monde est de nature spirituelle) existe toujours même si il est remplacé par un physicalisme. On va reciter wikipédia :
La thèse métaphysique du physicalisme selon laquelle il n'existe que des entités ou des propriétés physiques implique que les entités mentales, si elles existent, n'ont pas de statut ontologique particulier. Cette thèse fait aujourd'hui l'objet d'un assez large consensus au sein de la métaphysique analytique wikipédia (Métaphysique analytique)
On voit donc qu'il existe bien des écoles, majoritaires, particulièrement sérieuses, et parfaitement compatibles avec la science, qui ne postulent rien de plus comme entités que ce que la physique enseigne aux étudiants. Les philosophes qui défendent ce genre de position métaphysique tentent de répondre aux questions des autres (leurs prédécesseurs qui étaient dualistes par exemple, qui postulaient l'existence de l'âme), avec des réponses cohérentes, crédibles, dans un cadre ou la physique dicte les règles.
Que produit la métaphysique
Elle permet de produire un système cohérent pour interpréter le monde. Elle permet aussi de contredire nos erreurs, quand on affirme des choses contradictoires sur le monde : Quelqu'un qui affirmerait que Dieu existe, qu'il est omnipotent, omniscient, et que les humains ont le libre arbitre se retrouve coincé par ses prémisses car sa métaphysique est incohérente.
La méta analytique produit des explications logiques à des phrases du quotidien : "ce soir, je peux manger des pates ou une pizza" par exemple veut dire qu'il y a un monde possible ou je mange des pates ce soir, et un monde possible ou je mange une pizza ce soir. Sur le passé aussi on a ça : "tu aurais du jouer pion e4 et tu aurais gagné" (aux échecs) veut dire qu'il y a un monde possible ou tu aurais pris la décision de jouer pion e4, et ou ça aurait permis de gagner la partie (que dans ce monde imaginaire ou on joue e4, il n'est pas incohérent de penser qu'on aurait gagné).
La métaphysique nous force à accepter les conclusions de nos postulats sur le réel, ou bien à discutter de ces postulats (affirmations ou suppositions).
Que ne fait-elle pas ?
La métaphysique n'invente pas l'existence de licornes, elle n'étudie pas la dimension spirituelle des canards invisibles qui aident les piétons invisbles à traverser l'autoroute sans se faire écraser.
La métaphysique ne permet pas de dire que dieu existe. Kant l'a démontré, elle permet cependant de dire qu'un système d'axiome sur la causalité et sur les existants permet de conclure qu'il existe une cause première. Mais d'une part, il en faudra plus pour qualifier cette cause première, d'autre part, elle n'apparait qu'en conclusion d'axiomes qu'on a choisi spécifiquement pour en arriver là. Le temps ou les méditations métaphysiques de Descartes prouvaient Dieu est dépassé. Tout comme le temps ou la terre était au centre de l'univers dans la physique d'Aristote est dépassé. Toutes les disciplines évoluent, celle ci aussi.
Pourquoi ne pas parler simplement de logique et de rationnalité ?
Quand on entend du rock, on parle de rock, pas de musique. Pourtant le rock contient d'autres disciplines : le solfège, l'accoustique, le travail du cuir, la guitare, la basse, la batterie, le chant, la danse, etc... Et aucune de ces discipline n'est spécifique au rock. De la même façon, en métaphysique, on utilise la logique, la science, divers autres domaines de la philo comme l'ontologie, l'épistémologie, etc...
La physique utilise des mathématiques, des télescopes et des accélérateurs de particules pour décrire le réel, mais ça reste bien un domaine à part. Les mathématiques sont un outil abstrait qui s'applique à bien plus de choses que la physique. De la même façon, la rationalité et la logique sont deux outils, l'un abstrait l'autre concret, mais qui peuvent être utilisés (c'est des outils) dans plusieurs domaines, y compris la métaphysique.
Pourquoi ce jargon ?
Deux raisons : l'élitisme, certains péteux utilisent un vocabulaire casse burnes pour se séparer de la plaibe, mais aussi malheureusement, car c'est un vocabulaire utile. Chaque domaine a son propre vocabulaire, et si je devais parler d'un problème d'informatique avec un ancien collègue, on se demanderait probablement si il existe un algorithme d'inférence de type qui permet d'obtenir des règles de sécurité dans un langage fonctionnel d'ordre supérieur avec du polymorphisme, dans un cadre client/serveur avec un slicer automatique. Et c'est pas pédant d'écrire ça. C'est juste le vocabulaire technique. Avec un ami, on se demanderait si une ROBDD serait acceptable pour résoudre du SAT sur un certain type de problème étant donné la loi de moore sur la RAM. Ou comment effectuer les calculs de ROBDD de façon distribuée sur GPU. En mathématiques, on ne reproche jamais aux profs d'utiliser du vocabulaire. En informatique, on se contente de dire : "j'y comprends rien". Si vous allez dans une université, en physique, maths, informatique, biologie, il est assez probable qu'à partir du niveau master, vous soyez incapable de comprendre la moindre question d'un exam d'un domaine que vous n'avez pas étudié. Oui il y a du vocabulaire, c'est chiant mais c'est comme ça.
Le rasoir ?
On va parler un peu de Guillaume d'Ockham qui a été condamné selon wikipédia pour ses positions métaphysiques hérétiques. Il était nominaliste et contre l'essence, contre les universaux. Son rasoir est vu comme quelque chose de large, un principe logique pour étudier et classifier par crédibilité les théories sur le réel. Un genre de principe méta-metaphysique, un outil au service de.
